laboratoire écologie et art pour une société en transition
Pratiques culturelles en transition
Écouter le levain
avec Marie Preston
10-11 octobre 2025
Four banal de Vollèges (VS)
Comment mettre en œuvre une véritable transdisciplinarité, qui ne soit pas une simple juxtaposition de disciplines mais une infiltration féconde entre différents champs du savoir et de pratiques ? Comment établir un dialogue entre des vocabulaires hétérogènes, comme ceux d’un·e artiste, d’un·e boulanger·e, d’un·e scientifique ou d’un·e opérateurice culturel·le·x ? En quoi l’art peut-il non seulement enrichir la recherche scientifique, mais aussi déplacer ses cadres de pensée en y introduisant d’autres modes de perception et d’imagination ?
Forte de son expérience de recherche et de coopération artistique, l’artiste Marie Preston, en collaboration avec une paysane boulangère et un·e scientifique, nous guidera dans un atelier de fabrication de pain de deux jours, conçu comme un espace d’enquête et d’exploration collective. Cette rencontre s’inscrit dans une étape du projet Territoire du levain, un programme de recherche transdisciplinaire qui associe boulanger·e·x·s, animateurice·x·s, chercheureuse·x·s, formateurice·x·s et artistes.
À travers le levain — non seulement comme métaphore, mais comme un acteur plus-qu’humain à part entière, dont l’existence est intrinsèquement liée aux territoires et aux sociétés qui le cultivent — nous interrogerons les dynamiques de production, en expérimentant des manières concrètes de faire commun au croisement des disciplines et des savoir-faire.
Marie Preston est artiste et maîtresse de conférences à l’université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis (Laboratoire TEAMeD / AIAC). Son travail artistique prend la forme d’une recherche visant à créer des œuvres et des documents d’expérience avec des personnes qui ne sont pas, a priori, des artistes. Ces dernières années, ses recherches ont porté sur la pratique boulangère, les écoles ouvertes et les pédagogies libertaires et institutionnelles, ainsi que sur les femmes travaillant dans le secteur du soin et de la petite enfance.
Comment se situer ?
avec Laurent Pichaud
17-18 novembre 2025
Musée d’Art et d’Histoire, Genève
Le travail du chorégraphe Laurent Pichaud est centré sur la relation entre le corps et son environnement. À travers ses recherches, il explore, par la pratique du repérage, comment la danse peut révéler, interagir et cohabiter avec les lieux et leurs habitant·e·x·s, humains ou plus qu’humain, en développant des pratiques chorégraphiques profondément ancrées dans leur contexte.
En mettant le corps en dialogue avec le musée et la ville, nous interrogerons les tensions entre le paysage vernaculaire – façonné par les usages, les mémoires et les gestes quotidiens – et le paysage politique, structuré par les décisions et les dynamiques de contrôle. Cette exploration chorégraphique s’appuiera sur le concept d’écotone, entendu comme zone de rencontre entre deux écosystèmes. Ce concept sera activé à partir des tensions propres à l’espace muséal, telles que celles entre réserves et exposition, ou entre musée et territoire environnant. L’atelier se déroulera donc en deux temps : une première journée de pratiques au sein du musée, suivie d’une seconde dans un espace public situé dans le tissu urbain.
Cet atelier nous offrira des outils sensibles pour repenser autrement la présence, l’inscription et l’agir collectif, en envisageant la danse comme un outil d’attention et de dialogue avec les lieux – même au-delà du contexte artistique.
Laurent Pichaud (1971) est chorégraphe au sein des projets x-sud art/site basés à Nîmes, interprète auprès de différents autres chorégraphes, et artiste chercheur associé au département Danse de l’université Paris 8. Au sein de ses créations et recherches, il s’intéresse à l’inscription d’un geste chorégraphique dans des espaces non spécifiquement artistiques – projets de territoires avec ou pour des habitant·es, projets ou chorégraphies situées – qui lui permet de déployer une dimension chorégraphique dans des questions sociétales. Il s’investit de fait dans une réflexion sur la manière dont le processus chorégraphique rencontre d’autres méthodologies d’approche, que ce soit dans les champs pédagogique, universitaire voire anthropologique. documentaires, livres d’artiste… En 2025, Laurent Pichaud est artiste en résidence de création et de recherche au Centre de Documentation Bob Calle du Carré d’art – Musée d’art contemporain de la ville de Nîmes.
Imaginer les futurs
Avec Giulia Angrisani
19-20 mars 2026
Musée d’Art et d’Histoire, Genève
Le laboratoire vise à explorer comment le storytelling peut être utilisé comme un outil pour relier le passé au futur, en stimulant la pensée critique et l’imagination.
Grâce à l’intégration de techniques de récit, de narration spéculative et d’outils interactifs issus de la futurologie, le laboratoire permettra aux participant·e·s de créer des expériences ouvrant sur la construction de futurs possibles.
Les histoires – toutes les histoires, tant dans leur contenu que dans leurs structures – contribuent à façonner notre manière de vivre, de ressentir et d’habiter le monde.
À l’opposé des récits dominants de notre époque, la ligne de travail choisie repose sur la notion de spéculation, entendue comme une manière de créer des raisons de ne pas céder au cynisme ou au désespoir.
Il est donc question de décolonisation, de déconstruction et d’éveil de l’imaginaire.
La narration est ici envisagée comme un acte de lutte, de résistance et de transformation.
Giulia Angrisani est réalisatrice de films documentaires et anthropologue visuelle. Après avoir obtenu un diplôme en sociologie et anthropologie à l’Université Federico II de Naples, elle s’installe à Lisbonne et entreprend un projet de recherche avec le CRIA, axé sur l’anthropologie des émotions. Ensuite, elle se spécialise en Narration Spéculative à l’école d’art ERG, à Bruxelles. Son premier long métrage Terra in vista a été présenté dans divers festivals, institutions académiques, organisations culturelles et squats. Il a été sélectionné pour la 26e édition du festival de Jihlava et a reçu une mention spéciale dans la catégorie “EVA” (Excellence in Visual Anthropology Award) au festival Ethnocineca de Vienne. Ses projets sont principalement liés à l’intime en tant que pouvoir politique, en croisant les approches de la recherche visuelle avec les langages du documentaire créatif. Actuellement elle vit et travaille entre Bruxelles, Marseille et Naples.
Devenir sous-optimales
avec Olivier Hamant
12-13 mai 2026
Musée d’Art et d’Histoire, Genève
Dans de nombreux domaines du savoir, la demande de mesurer les résultats est omniprésente. Que ce soit en sciences, en économie, en éducation ou en culture, nous cherchons à quantifier, à évaluer, à comparer. Pourtant, cette quête de mesure s’appuie souvent sur des indicateurs de resultat qui ne rendent compte que d’une partie limitée de la réalité. Dans le domaine artistique, et en particulier dans les pratiques processuelles et cocréatives, cette approche se révèle encore plus problématique: Comment mesurer l’impact d’un processus qui ne vise pas nécessairement un produit ? Comment évaluer la valeur d’une interaction, d’un échange, d’une transformation qui ne s’exprime pas en chiffres ou en résultats tangibles ?
Les indicateurs quantitatifs peinent souvent à capter la complexité des dynamiques sociales, culturelles et écosystémiques. Le biologiste Olivier Hamant, fait alors l’éloge de la lenteur, de l’inefficacité et de la robustesse, et nous enjoint d’accepter un certain degré de chaos dans nos vies: la robustesse du vivant ne repose pas sur la productivité maximale mais sur la diversité, la redondance et l’adaptabilité. Appliquer cette vision à la manière dont nous mesurons les processus pourrait permettre d’inventer de nouveaux outils d’évaluation, plus flexibles, plus équitables et plus proches de la réalité de nos pratiques.
Olivier Hamant est un biologiste français, directeur de recherche à l’INRAE au sein du laboratoire Reproduction et Développement des Plantes de l’École normale supérieure de Lyon. Parallèlement, il dirige l’Institut Michel-Serres et participe à des projets interdisciplinaires liant sciences humaines et arts, notamment autour des notions de complexité, de résilience et de fragilité des systèmes biologiques. En 2024, il a été élu membre de l’EMBO. En outre, Olivier Hamant est l’auteur de plusieurs ouvrages qui proposent des perspectives inspirées du vivant pour repenser notre rapport au monde. Parmi ses publications notables, “La Troisième Voie du vivant” (2022); “La robustesse du vivant” (2023); “De l’incohérence : Philosophie politique de la robustesse” (2023). En 2024, il a été élu membre de l’EMBO (European Molecular Biology Organization), une reconnaissance prestigieuse dans le domaine de la biologie moléculaire.